14 juin 2014

[Fr] Sassanidescence ¤ [En] Serendipity


[Fr]


[En]

A chaque langage ses propres termes et/ou expressions idiomatiques bien spécifiques. Plus que tout, à chaque langage sa propre culture, ce qui implique que toute langue est susceptible d’avoir des termes supposément intraduisibles.
Serendipity est l’un des 10 termes jugés les plus intraduisibles, ou tout du moins, l’un des 10 les plus difficiles à traduire.

Il y a quelques années de ça, en passant d’une chaîne à une autre, je suis tombée sur un film avec pour tête d’affiche Kate Beckinsale et John Cusask : Un amour à New York. Dans la scène en cours, les deux personnages principaux faisaient connaissance dans une boutique-restaurant du nom de Serendipity. Il s’agissait de la version française du film – à l’évidence – et à l’époque je ne savais pas encore que le terme Serendipity était un mot réel, je me suis juste dit que ça sonnait bien. Puis, le personnage féminin déclarait que la première fois qu’elle était venue à cet endroit c’était à cause de son nom :
[Sara] – La première fois c’était à cause du nom.
[Jonathan] - Hmm.
[Sara] - Serendipity. C’est un de mes mots préférés.
[Jonathan] – Ah oui ? Pourquoi ?
[Sara] – C’est beau à entendre, même si ça veut juste dire « heureux hasard. »
(retranscription de la version française – Un amour à New York)

Bien sûr, comme Serendipity est le nom de la boutique-restaurant – une célèbre enseigne de New York qui plus est – traduire le terme aurait été assez malvenu, d’autant plus que Sara le définit tout de suite.
C’est pour ça qu’à mon avis, la traduction du titre du film n’était pas judicieuse. Pourquoi traduire le titre du film quand l’enseigne en est le thème ? Pourquoi rendre explicite ce qui est implicite ? Pour anéantir ce qui fait la pertinence du titre ? Et tout simplement, pourquoi même changer le titre ?

Mais recadrons un peu notre objectif : la traduction même de Serendipity.

To each language their own peculiar terms and/or idioms. More importantly, to each language their own culture, which actually means that every language might have some virtually untranslatable terms.
Serendipity is deemed to be one of the 10 most untranslatable words or at least of the 10 hardest words to translate.

A few years ago, I came across a film on TV starring Kate Beckinsale and John Cusack: Un amour à New York. The scene staged the two main characters getting acquainted with each other at a store-restaurant named Serendipity. It was the French version of the film – obviously – and at that time I didn’t know yet that Serendipity was a real word, I just thought it had a nice ring to it. But then, the female character said that the first time she came in the place was because of its name:
[Sara] - I first came in because of the name.
[Jonathan] - Hmm.
[Sara] - Serendipity. It's one of my favorite words.
[Jonathan] - It is? Why?
[Sara] - Uh-huh. 'Cause it's such a nice sound for what it means: a fortunate accident.

Of course, since Serendipity is the name of the store-restaurant – well known trademark of New York at that – translating the term would have been quite inappropriate, all the more so with Sara defining it straightaway.
As far as I’m concerned, in that very regard, the translation of the film title was not a happy one. Why would you translate the title when the trademark is the theme? Why make explicit that what is implicit? Why annihilate that what makes the title relevant? And quite simply, why even change the title?

But let’s straighten our focus a bit: the actual translation of Serendipity.

I ¤ Origine

Dans une lettre écrite à Sir Horace Mann (Lettre 90, Jan. 28, 1754), Horace Walpole a inventé le mot Serendipity d’après une traduction anglaise d’un conte perse de Amir Khusrau (1302) – Livre Premier de Hašt Behešt ( هشت بهشت‎, Les huit Paradis) inspiré d’une légende sur le quinzième roi Sassanide Vahrâm V Gôr « L’Onagre » (420-438), successeur d’un roi tyrannique, Yazdgard I « Le Pêcheur » – The Three Princes of Serendip.
Walpole associe une découverte avec un conte lu enfant et dont les héros « faisaient toujours des découvertes, par accidents et sagacité, des choses qu’ils ne cherchaient pas : » une découverte « de l’espèce [qu’il] appel[ait] Serendipity. »

Le conte perse a d’abords été adapté plus que traduit en italien en 1557, supposément par Cristoforo Armeno, Peregrinaggio di tre giovani figlivoli del re di Sarendippo.
La version italienne a été traduite et adaptée en allemand en 1583 par Johann Wetzel Die Reise der Söhne Giaffers (Giaffer étant le roi de Serendip) ; en français en 1610 par François Béroalde de Verville L'Histoire véritable ou le Voyage des princes fortunez, puis en 1719 par le Chevalier de Mailly Les Aventures des trois princes de Serendip.
La dernière version française a ensuite été traduite en anglais en 1722 Travels and Adventures of Three Princes of Sarendip.

I ¤ Origin

In a letter to Sir Horace Mann (Letter 90, Jan. 28, 1754), Horace Walpole coined the word Serendipity based on the English version of a Persian tale by Amir Khusrow (1302) – Book One of Hašt Behešt ( هشت بهشت‎, The Eight Paradises) inspired by a legend about the fifteenth Sasanian King Bahram V Gur “Onager” (420-438), successor to a tyrannical King, Yazdegerd I “The Sinner” – The Three Princes of Serendip.
Walpole associated a discovery with a tale he read once as a child and which heroes “were always making discoveries, by accidents and sagacity, of things which they were not in quest of:” a discovery as “of that kind which [he] call[ed] Serendipity.”

The Persian tale was first adapted more than translated into Italian in 1557, supposedly by Cristoforo Armeno, Peregrinaggio di tre giovani figlivoli del re di Sarendippo.
The Italian version got translated and adapted into German in 1583 by Johann Wetzel Die Reise der Söhne Giaffers (Giaffer being the king of Serendip); into French in 1610 by François Béroalde de Verville L'Histoire véritable ou le Voyage des princes fortunez, then in 1719 by Chevalier de Mailly Les Aventures des trois princes de Serendip.
The last French version got then translated into English in 1722 Travels and Adventures of Three Princes of Sarendip.

Bahram Gur's Skill with the Bow
Calligrapher: Maulana Azhar (d. 1475/76)

II ¤ Une notion qui inspire

En 1748, le conte perse a été le point de départ du célèbre roman et conte philosophique de Voltaire, Zadig ou la Destiné.

A son tour, Zadig et sa sagacité ont inspiré Edgar Allan Poe, et en 1841, sa nouvelle Double assassinat dans la rue Morgue est publiée dans le Graham’s Magazine – le personnage C. Auguste Dupin devient alors le premier détective moderne et Edgar Allan Poe ouvre la voie à un nouveau genre.

Avec la référence explicite dans Une étude en rouge – le premier roman de la série Sherlock Holmes, 1887 – il y a fort à parier qu’Edgar Allan Poe a inspiré Sir Arthur Conan Doyle :
« Expliqué ainsi, c’est assez simple, dis-je [Docteur Watson] en souriant.
Vous me rappelez le Dupin d’Edgar Allan Poe. Je ne supposais pas qu’un
type de ce genre existait en dehors des romans. »

II ¤ Inspirational notion


In turn, Zadig and his sagacity inspired Edgar Allan Poe, and in 1841, he got his short-story The Murder of the Rue Morgue published in the Graham’s Magazine – the character C. Auguste Dupin thus became the first modern detective and Edgar Allan Poe paved the way to a new genre.

With the explicit reference in A Study in Scarlet – the first novel of the Sherlock Holmes series, 1887 – it is a safe bet to say that Edgar Allan Poe inspired Sir Arthur Conan Doyle:
“It is simple enough as you explain it,” I [Doctor Watson] said, smiling. “You remind me of Edgar Allen Poe's Dupin. I had no idea that such individuals did exist outside of stories.”

III ¤ Etymologie

Serendipity est un néologisme issu de l’association de Serendip – ancient nom de Ceylan, le Sri Lanka d’aujourd’hui – et du suffixe nominal –ity : le néologisme alors formé est un nom décrivant un état ou une propriété.

III ¤ Etymology

Serendipity is a neologism made of Serendip – old name of Ceylon, modern Sri Lanka – and of the nominal suffix –ity: the neologism then formed is a noun describing a state or a quality.

IV ¤ Les noms de Serendip

Le nom Serendip vient de l’arabe سرانديب (sarāndīb), du perse سراندیپ (sarândip), du Sanskrit सिंहलद्वीप (siṁhaladvīpa, Ile Demeure-des-Lions).

En grec ancient, l’île était connue sous le nom de Ταπροβάνη (Taprobánē, une translitération du nom pāli Tâmraparnî, feuille de cuivre), ce qui a donné Taprobane en français.

Du temps de la colonisation par la Couronne britannique jusqu’en 1972, l’île était connue sous le nom de Ceylan, ce qui est une déformation du nom cinghalais name ශ්‍රී ලංකා (śrī laṃkā, terre fortunée).

Puis en 1972, Ceylan abandonne son statut de dominion pour devenir la République du Sri Lanka, reprenant ainsi son nom cinghalais original.

IV ¤ Names of Serendip

The name Serendip comes from Arabic سرانديب (sarāndīb), from Persian سراندیپ (sarândip), from Sanskrit सिंहलद्वीप (siṁhaladvīpa, Dwelling-Place-of-Lions Island).

In ancient Greek, the island was known as Ταπροβάνη (Taprobánē, a transliteration of the Pāli name Tâmraparnî, copper coloured leaf), which gave Taprobane in French.

At the time of the British Crown colonization until 1972, the island was known as Ceylon, which is a distortion of the Sinhalese name ශ්‍රී ලංකා (śrī laṃkā, resplendent land).

Then in 1972, Ceylon abandoned its dominion status to become the Republic of Sri Lanka, taking again its original Sinhalese name.



V ¤ La notion de Serendipity

En 1754, Walpole parle de Serendipity à l’évocation d’une découverte faite « par accident et  sagacité. »
Dans sa réponse à Walpole, Mann reformule la description faite par Walpole de la Serendipity en « une découverte utile et inattendue faite à la place du résultat escompté, » ce qui revient plus ou moins à la définition donnée en 1880 par Edward Solly – un chimiste anglais.

En 1945, Walter Bradford Cannon – physiologiste de Harvard – définit la Serendipity dans The Way of an Investigator comme « avoir la faculté ou la chance de trouver la preuve de ses idées de manière inattendue, ou bien la découverte par surprise de nouveaux objets ou relations sans les avoir cherchés. »

En 1950, Robert King Norton – sociologue américain – la définit dans Social Theory and Social Structure comme étant « une découverte inattendue anormale stimulatrice de la sagacité de l’investigateur. »

En 1957, Alex Osborn – publicitaire – la définit dans Applied Imagination comme étant « un facteur chance dans une recherche créative, » « un stimulus accidentel déclencheur d’une inspiration créative. »

Cependant, que ce soit le Cambridge Dictionary, le Chambers Dictionary, le Longman Dictionary of Contemporary English, le MacMillan Dictionary ou le Merriam-Webster, le mot Serendipity est définit par « une heureux découverte, inattendue et utile, faite par hasard. »
Pour le Collins et le OED, la définition est pour ainsi dire la même, si ce n’est pour l’absence de la moindre mention quant à l’utilité d’une telle découverte.
Toutefois, pas un seul ne mentionne la sagacité ou la stimulation intellectuelle de l’investigateur, faisant ainsi de la découverte faite par Serendipity le résultat d’un coup de chance dans le langage commun.

V ¤ The notion of Serendipity

In 1754, Walpole talks about Serendipity when evoking discovery made “by accident and sagacity.”
In his response to Walpole, Mann rephrases Walpole description of Serendipity as “a useful and unexpected discovery made instead of the anticipated result,” which is for all intents and purposes the same definition given in 1880 by Edward Solly – an English chemist.

In 1945, Walter Bradford Cannon – an Harvard physiologist – defined Serendipity in The Way of an Investigator as “the faculty or the luck of finding evidences of ideas in unforeseen ways, or the unexpected discovery of new things or relations that were not looked for.”

In 1950, Robert King Norton – an American sociologist – defined it in Social Theory and Social Structure as an “unexpected and anomalous finding stimulating the investigator’s sagacity.”

In 1957, Alex Osborn – an advertising executive – defined it in Applied Imagination as “an element of luck in a creative quest,” “an accidental stimulus triggering the creative inspiration.”

Now, whether it be the Cambridge Dictionary, the Chambers Dictionary, the Longman Dictionary of Contemporary English, the MacMillan Dictionary or the Merriam-Webster, the term Serendipity is defined as “a fortunate, unexpected and useful discovery made by accident.”
For the Collins and the OED, the definition is roughly the same, yet they make no mention of the valuableness of such discovery.
However, none of them whatsoever mentions the sagacity or the intellectual stimulation of the investigator, thus making the serendipitous discovery the result of a lucky strike in common language.

Horace Walpole
by Sir Joshua Reynolds (circa 1756-1757)

VI ¤ Traductions françaises existantes et remarques

En  1954, dans le Vocabulaire de la psychologie, Henri Piéron – psychologue français – crée le néologisme par calque : Sérendipité.
La traduction est donc un anglicisme. Serendipity ou Sérendipité sont tous les deux employés dans les discours scientifiques. Et puisque Serendipity est un néologisme, la traduction de Piéron n’est en soi pas forcément une mauvaise idée.

En 1973, l’Office québécois de la Langue Française propose fortuité comme traduction.
Le problème réside dans la définition donnée par le CNRTL : caractère de ce qui se produit par hasard, de ce qui est imprévu. Il n’y a pas la moindre notion de ce qui est trouvé à la place d’autre chose ou de sagacité. Serendipity est ainsi juste un autre mot pour un événement qui se produit par accident ou par hasard.

En 1985, d’après des textes choisis de De la ville au patrimoine urbain, André Corboz – historien genevois de l’architecture – propose la traduction cinghalisme, faisant ainsi un lien entre l’ancien nom du Sri Lanka, Ceylan. Le mot est un néologisme formé de cinghalais – le terme français qui désigne la langue du Sri Lanka – et du suffixe nominal –isme : le néologisme ainsi formé est un nom décrivant un état ou un propriété.

En 2000,  dans la traduction L’Entreprise créative de Corporate Creativity par Robinson et Stern, heureuse coïncidence a été proposé. Le problème est que coïncidence suggère une pluralité et définit littéralement ce qui est identique ou qui se produit ou existe simultanément, ce qui implique un point de référence connu.
Or Serendipity définit une découverte, en d’autres termes, l’identification de ce qui était jusque là inconnu ou obscur. Heureuse ou non, une coïncidence n’est en aucun cas une découverte.

En 2008, Jean-Louis Swiners suggère zadigacité comme traduction – un mot-valise faisant référence au personnage de Voltaire Zadig et à la sagacité, la perspicacité et l’efficacité entre autres.
Si Serendip est vraiment le nom perse du Sri Lanka, Zadig est lui un personnage fictif créé par Voltaire. Les auteurs français sont connus pour utiliser des noms et références perses pour critiquer la société française. Zadig (Ṣādeq, le véridique) incarne les trois Princes du conte perse. Bien que la traduction proposée par Jean-Louis Swinner ait une tonalité française, ce qui me gêne en tant que traductrice dans cette solution est le fait qu’elle est construite sur une pure invention alors que le nom du pays de la traduction du conte perse n’en est pas une, le Sri Lanka existe vraiment.

En 2011, Henri Kaufman propose la traduction fortuitude – tout comme fortuité – caractère de ce qui se produit par hasard. Si les deux suffixes français –té et –ude sont nominaux et décrivent une propriété ou un état, fortuit est le terme français pour fortuitious est décrit ce qui est imprévu et se produit par hasard. Je ne fais que des suppositions quant à l’étymologie du terme.
Tout comme avec fortuité, il n’y a pas la moindre notion de ce qui est trouvé à la place d’autre chose ou de sagacité. Encore une fois, Serendipity est ainsi juste un autre mot pour un événement qui se produit par accident ou par hasard.

VI ¤ Existing French translations & remarks

In 1954, in his Vocabulaire de la psychologie, Henri Piéron – a French psychologist – created a neologism by using a calque: Serendipité.
The translation is thus an anglicism. Both Serendipity or Sérendipité are actually used in scientific discourses. And since Serendipity is a neologism, Piéron’s translation is not necessarily a bad idea in itself.

In 1973, the Office québécois de la Langue Française proposed fortuité as a translation.
Problem is the definition given by the CNRTL: quality of something happening by chance, of something that is unexpected. There is no idea of something found instead of another or of sagacity. Serendipity is thus just another word for chance or accidental event and fortuity (UK) or for happenstance (US).

In 1985, according to chosen texts in De la ville au patrimoine urbain, André Corboz – a Genevan architecture historian – proposed cinghalisme as a translation, thus making a link with the old name of Sri Lanka, Ceylon. The word is a neologism made of Cinghalais – the French term given to the language of Sri Lanka – and of the nominal suffix –isme: the neologism then formed is a noun describing a state or a quality.

In 2000, in the translation L’Entreprise créative of Robinson and Stern’s Corporate Creativity, heureuse coïncidence is proposed. Problem is coïncidence refers to a plurality and literally means things that are identical or occur or exist simultaneously, which means that there is a known point of reference.
Now, Serendipity is about a discovery, in other words, about identifying and revealing something that has been hidden or obscure until then. Fortunate or not, a coincidence is no discovery.

In 2008, Jean-Louis Swiners proposed zadigacité as a translation – a portemanteau word referring to Voltaire’s character Zadig and to sagacité (sagacity), perspicacité (perspicacity) and efficacité (efficiency) among others.
When Serendip is actually the Persian name of Sri Lanka, Zadig is fictitious character created by Voltaire. It is known that French authors used Persian names and references to criticize French society.  Zadig (Ṣādeq, the veracious one) impersonates all three Princes of the Persian tale. Though the translation proposed by Jean-Louis Swinner does have a French ring to it, what bothers me as a translator in this solution is the fact that it is constructed on a name invented from scratch when the country’s name of the translation of the Persian tale is no invention, Sri Lanka does exist.

In 2011, Henri Kaufman proposed fortuitude as a translation – just like fortuité – the quality of something happening by chance. If both French suffixes –té and –ude are nominal and describe a property or a quality, fortuit is French for fortuitious and describes something unplanned and happening by chance.  I am only hypothesizing on the etymology of the term.
Just like with fortuité, there is no idea of something found instead of another or of sagacity. Serendipity is yet again just another word for chance or accidental event and fortuity (UK) or for happenstance (US).



VII ¤ Réflexions et propositions

Il est vrai que Serendip est un nom perse, mais du Sri Lanka, pas de la Perse. Serendip a été utilisé dans le titre de la version italienne du conte de Khusrau non seulement pour son exotisme, mais aussi et surtout parce que l’île était le sujet d’actualité en 1555 depuis le début de la colonisation du Sri Lanka – ce qui signifie que la version italienne du conte perse est une trans-traduction qu’une réelle traduction.

Les trois Princes de Serendip auraient pu être Les trois Princes de Perse, ou encore mieux, Les trois Princes de Sassan – du nom du roi fondateur de l’empire Sassanide – le conte perse est inspiré d’une légende du quinzième roi sassanide Vahram V Gôr.

A mon avis, traduire un néologisme inventé de A à Z d’une langue source, décrivant une notion jusqu’alors jamais nommée, par un mot déjà existant de la langue cible qui ne signifierait pas vraiment la même chose que le néologisme de la langue source serait une erreur.

La notion derrière le mot étant nouvelle en anglais – tout comme en français puisqu’il n’existe aucun mot français qualifiant cette notion – l’idée de l’anglicisme n’est pas nécessairement une mauvaise option.

Cependant la mélodie du terme doit aussi être prise en compte au moment de la traduction d’un tel mot nouveau. Puisque le mot est un néologisme inventé de A à Z, autant en reproduire l’harmonie et le rythme.

Si le mot anglais Serendipity (/ˌsɛ.rɛn.ˈdɪp.ə.ti/) est harmonieux et roule sur la langue, pour le mot français Sérendipité (/se.ʁɑ̃.di.pi.te/) ce n’est pas vraiment le cas.
Si le ‘r’ se prononce /r/ – une consonne roulée alvéolaire voisée ou R roulé – en anglais, le ‘r’ se prononce /ʁ/ – une consonne fricative uvulaire sonore ou R guttural – en français.
De la même manière, si le ‘en’ se prononce /ɛn/ – une voyelle semi-ouverte d’avant suivi d’une consonne alvéolaire nasal – en anglais, le ‘en’ se prononce /ɑ̃/ – suivi d’une consonne nasale le /ɛ/ devient /ɑ̃/ – en français.
Puis, par association des deux sons, si en anglais le ‘ren’ de Serendipity est un son léger presque délicat /rɛn/, c’est pour ainsi dire l’exact opposé en français pour le /ʁɑ̃/ de Sérendipité – un son sourd, lourd presque violent.

La notion d’ouverture d’esprit suggérée par le mot Serendipity est alors pratiquement étouffée par la sonorité du mot Sérendipité. D’où l’idée de conserver cette subtilité dans la traduction du mot Serendipity.

Je propose le néologisme Sassanidescence /sa.sa.ni.de.sɑ̃s/ comme traduction française du mot anglais Serendipity.
Avec le suffixe nominal français –escence, qui définit un état ou une propriété tout comme –ité, le néologisme évoque le mot Intelligence et ainsi l’ouverture d’esprit inhérente ; et bien que Sassanidescence ne soit pas un calque réel de Serendipity, il y a un même nombre de syllabes.
Le rythme fluide de Serendipity est conservé et Sassanidescence renvoie directement au conte perse et à Vahram V Gôr, roi de l’Empire Sassanide.

Pour finir, voici mes traductions :
 ¤ Sassanidescence for Serendipity.
 ¤ Sassanidescent for Serendipitous.
 ¤ Sassanidicien for Serendipist.

La forme verbale n’existe pas, et pour cause ! Une découverte ne peut être décrite comme étant sassanidescente qu’APRES avoir fait la découverte. C’est l’évidence même !

VII ¤ Reflections & propositions

Admittedly, Serendip is a Persian name, but of Sri Lanka not of Persia. Serendip was used in the title of the Italian version of Khusrow’s tale not only for its exotic flavour, but also and foremost for the fact that the island was topical in 1555 since the colonial period of Sri Lanka had begun – meaning that the Italian version of the Persian tale is more of a trans-translation than an actual translation.

The Three Princes of Serendip could have been The Three Princes of Persia, or even better, The Three Princes of Sasan – after the founder of the Sasanian (or Sasanid) Empire – the Persian tale was based on a legend of the fifteenth Sasanian King Bahram V Gur.

In my opinion, it would be a mistake to translate an invented-from-scratch neologism of a source language, describing a notion never named until then, with a word already existing in a target language that doesn’t have the exact same meaning of the source language neologism.

The notion behind the word being new in English - and in French, since there is no word in French naming the notion – the Anglicism option is not necessarily a bad idea.

But the musicality of the term also has to be taken into account for the translation of such a new word. Since the word is a neologism invented from scratch, we may as well reproduce the harmony and the rhythm of it.

If the English Serendipity (/ˌsɛ.rɛn.ˈdɪp.ə.ti/) is harmonious and rolls off the tongue, the French Sérendipité (/se.ʁɑ̃.di.pi.te/) not so much.
When the ‘r’ is pronounced /r/ – an alveolar trill consonant or rolling R – in English, the ‘r’ is pronounced /ʁ/ – a voiced uvular fricative consonant or guttural R – in French.
Likewise, when the ‘en’ in pronounced /ɛn/ – a mid-open front vowel followed by a voiced alveolar nasal – in English, the ‘en’ is pronounced /ɑ̃/ – followed by a nasal consonant /ɛ/ becomes /ɑ̃/ – in French.
Then, by associating both sounds, when the ‘ren’ of Serendipity is a light almost delicate voiced sound in English /rɛn/, it is quite the opposite in French – heavy almost brutal unvoiced sound – for the /ʁɑ̃/ of Sérendipité.

The notion of open-mindedness suggested by the word Serendipity is thus quite muffled by the sound of the word Sérendipité. Hence the idea to keep this subtlety in the translation of the word Serendipity.

I propose the neologism Sassanidescence /sa.sa.ni.de.sɑ̃s/ as a French translation of the English word Serendipity.
With the French nominal suffix –escence, which qualifies a state or a property just like –ité, the neologism evokes the word Intelligence and thus the inherent open-mindedness; and though Sassanidescence is not a real calque of Serendipity, there is a match in the number of syllables.
The flowing rhythm of Serendipity is maintained and Sassanidescence refers directly to the Persian tale and to Bahram V Gur, king of the Sasanid Empire.

Finally, here are my translations:
 ¤ Sassanidescence for Serendipity.
 ¤ Sassanidescent for Serendipitous.
 ¤ Sassanidicien for Serendipist.

The verbal does not exist, and for good reasons! A discovery can only be described as serendipitous AFTER making the discovery. That’s quite obvious!


Further readings:

Source:

30 mai 2014

[Fr] Quelle belle lapalissade ! ¤ [En] Way to state the obvious!


[Fr]

[En]

Je suis venue à la traduction pour une raison très simple. Comme toute personne qui jongle avec deux langues, entre les auteurs anglophones lus en version originale, j’en lisais aussi en version française quand je ne lisais pas d’auteurs français. Seulement voilà, alors que je dévorais un tome d’une série policière, j’ai buté sur une phrase. Une phrase qui sonnait faux. Une phrase à la tournure pas du tout française. Une phrase qui puait la traduction.

L’erreur est humaine, je ne lyncherai donc pas le traducteur (et les éditeurs pour ne pas avoir tiqué dessus). J’irai même jusqu’à les remercier : cette phrase a été le déclencheur. Mon goût pour la langue de Baudelaire m’a amené à l’écriture, celui pour la langue de Byron à la traduction.

Il m’était alors évident qu’en traduction, il ne s’agissait pas de traduire du mot à mot mais du sens au sens. Et pour cela, il faut avoir une aussi bonne connaissance de la culture et de la langue d’origine que de la culture et de la langue de traduction. Une licence d’anglais ouvre la voie, la curiosité l’élargie.

La première fois que j’ai entendu parler de traduction cibliste et sourcière, j’étais en master d’anglais !

Si la connaissance de cette théorie fait partie du processus d’apprentissage, l’ignorance de cette théorie n’avait jusqu’alors jamais gênée ma traduction.

La théorie, elle, m’a rebutée.

Le sourcier conserve les particularités de la langue source et de sa culture, au risque d’obtenir une traduction bancale.

Le cibliste prend le contre-pied et adapte les particularités de la langue source à celles de la langue cible, au risque d’obtenir une traduction lisse.

Cibliste ou sourcier, en soi peu importe. Un traducteur n’est jamais soit l’un soit l’autre, il est à la fois les deux et aucun des deux – ou alors c’est un théoricien, non un traducteur.

En principe, si l’on traduit un texte d’une langue à une autre, cela veut bien dire que la langue à traduire est étrangère – quelle belle lapalissade !


I came to translating for a fairly simple reason. As anyone juggling with two languages, between the readings of English-speaking authors in their original version, I also read some of them in their French version when I wouldn’t read French authors. But here the thing, while I was devouring a book from a detective novel series, I stumbled over a sentence. A sentence that didn’t seem right. A sentence of really, really poor French. A sentence of which translation can be smelled a mile off.

To err is human, so I will not beat the translator’s head off (nor the publishers’ for not having baulked at it). I will even go as far as thanking them: this sentence was the trigger. My liking for the French language led me to write, my liking for the English language to translate.

To me then, it was obvious that translation was not about translating word for word but meaning for meaning. And in this light, a translator has to have as good a knowledge of the source culture and language than of the target ones. A Bachelor degree in English language paves the way, curiosity broadens it.

The first time I heard about domestication and foreignization in translation, I was studying for an English Master degree!

If the knowledge of this theory is part of the learning process, so far the lack of it had never hampered my translating.

As for the theory, I found it off-putting.

The foreignizing translator keeps the singularities of the source language and culture, at the risk of getting a weak translation.

The domesticating translator takes the exact opposite angle and adjusts the singularities of the source language and culture to those of the target ones, at the risk of getting a bland translation.

Per se, domesticating or foreignizing translator, it doesn’t matter. A translator is in no case either one or the other, he is either both or neither one of them – or else he is a theorist, not a translator.

In theory, if a text is translated from a language into another, it means that the language to translate is foreign – way to state the obvious!

Jacques II de Chabannes, Seigneur de La Palice
Galeries des Batailles du Château de Versaille
Epitaphe :

Ci-gît le Seigneur de La Palice
S’il n’était mort il ferait encore envie

Prenons cet exemple justement : le terme français   lapalissade.

Si vous jetez un œil au site du CNRTL, vous trouverez comme définition : expression niaise d’une évidence ou d’une banalité.

Etymologiquement et historiquement parlant, l’expression fait référence à Jacques II de Chabannes, Seigneur de La Palice (1470-1525) et plus particulièrement à la Chanson de La Palisse, remplie de vérités évidentes et dont l’écriture est attribuée à Bernard de la Monnoye (1641-1728).
Le terme lapalissade n’a quant à lui été employé la première fois qu’en 1861.

Maintenant, si vous jetez un œil dans le Collins, vous trouverez la traduction : statement of the obvious.

Si dans le fond, la traduction est juste, pour ce qui est de la forme, ce n’est pas si évident.

Let’s take this very example: the French word lapalissade.

If you take a look at the CNRTL website, you will find the definition: inane expression of an obvious fact or of a platitude.

Etymologically and historically speaking, the saying refers to Jacques II de Chabannes, Lord of La Palice (1470-1525) and more specifically to The Song of La Palice which is full of self-evident truths and which writing is attributed to Bernard de la Monnoye (1641-1728). As for the word itself, lapalissade was first used only in 1861.

Now, if you take a look at the Collins, you will find the translation: statement of the obvious.

If in substance, the translation is correct; in form it is not that obvious.

Bernard de la Monnoye
Membre de l'Académie Française en 1713

Une lapalissade est un terme idiomatique de la langue française. Dans l’absolue, il faudrait le traduire par un terme ou une expression idiomatique anglaise qui aurait en plus une origine similaire à celle de la lapalissade.

Seulement voilà, il faut également prendre en compte le contexte !

Dans un registre courant, comme c’est le cas de cet article, la traduction en anglais devra respecter ce registre. L’idéal lors d’une traduction c’est d’éviter les paraphrases – évitons donc autant que possible la traduction par une définition. Cela peut paraître anodin, c’est loin de l’être… Traduire c’est respecter la nuance (autant que possible).

Dans un registre de langue soutenu, voire snob, la traduction pourrait être un gallicisme : pas de réelle traduction donc.

Seulement, en faisant cette distinction, je réfléchis en traducteur bien ancré dans son 21ème siècle !

En tant que traducteur de la fin 19ème, il y a fort à parier que ma réflexion aurait été autrement différente. Le terme lapalissade, alors nouveau, alors même qu’il serait d’un registre courant en français, il serait considéré comme faisant partie d’un registre de langue soutenu en anglais. Il est fort probable que la traduction du terme aurait également abouti à un gallicisme.

Au 20ème siècle, le terme alors d’un registre de langue courant dans les deux langues, il n’y a pas 36 traductions possibles.

A lapalissade is an idiom of the French language. In absolute terms, it would have to be translated into an English idiomatic word or expression with an origin similar to the one of the lapalissade.

Problem is the context also has to be taken into account!

In an informal speech, as it is the case in this post, the English translation will have to respect this speech. The ideal solution in translation is to avoid paraphrasing – so let’s avoid translating with a definition as much as possible. It might seem meaningless, not quite… Translating is respecting the subtlety (as much as possible).

In a formal speech, a posh one even, the translation could be a gallicism: not a real translation then.

However, doing this distinction, I am thinking like a translator deeply rooted in her 21st century!

As a translator of the end of the 19th century, it is a safe bet to say that my reasoning would have been by far different. The word lapalissade, a new one at the time, even though it would have been of an informal speech in French, it would have been considered of a formal speech in English. The translation would have more than likely resulted in a gallicism too.

In the 20th century, then of an informal speech in both languages, there aren’t all that many translations possible.

Comme je le soulignais plus haut, dans l’absolue, il faudrait traduire lapalissade avec un terme ou une expression idiomatique anglaise qui aurait en plus une origine similaire à celle de la lapalissade.

Cependant, si dans les cultures britannique et américaine deux personnages fictifs sont connus pour souligner l’évidence, les expressions idiomatiques qui en découlent sont sarcastiques et d’un registre de langue au mieux courant, au pire plutôt grossier.

Or quelle belle lapalissade ! ici est ni sarcastique ni ironique, l’exclamation simplement moqueuse souligne l’évidence du propos qui le précède.

¤ Par simple curiosité, faisons donc une petite parenthèse ¤

Aforesaid in the post, I stressed that in absolute terms, lapalissade would have to be translated with an English idiomatic word or expression with an origin similar to the one of the lapalissade.

However, if in the British and the American cultures there are two fictitious characters known for stressing the obvious, the ensuing idiomatic expressions are sarcastic and of an informal speech at best, of a rather vulgar speech at worst.

Now quelle belle lapalissade ! is neither sarcastic or ironic here, the merely teasing exclamation only stresses the obviousness of the words preceding it.

¤ Just for curiosity’s sake, let’s digress a bit ¤


Le premier personnage – britannique – Sherlock Holmes a été créé par Sir Arthur Conan Doyle en 1887 ; la formule « élementaire, mon cher Watson » lui est attribuée en 1929 dans le film Le retour de Sherlock Holmes, il est supposé la prononcer à chaque fois que le Docteur Watson exprime des déductions logiques qui lui sont évidentes.

# L’expression idiomatique no shit, Sherlock! est franchement grossière. En français, elle se traduirait par sans déc’, Sherlock ! ; la version familière no kidding, Sherlock! par sans blague, Sherlock ! ; la version courante way to state the obvious, Sherlock! pourrait se traduire par on ne s’en serait pas douté, Sherlock !

# Une lapalissade est un terme propre à la langue française – la mondialement célèbre formule de Sherlock Holmes apparaissant à la même époque dans la culture anglaise et française, il me semblerait maladroit de traduire quelle belle lapalissade ! par une expression courante qui ferait référence à Sherlock Holmes ou au Docteur Watson.

The first character – british – Sherlock Holmes has been created by Sir Arthur Conan Doyle in 1887;  he has been attributed the catchphrase “elementary, my dear Watson” in the 1929 film The Return of Sherlock Holmes, every time Doctor Watson expresses inferences Sherlock Holmes deems obvious, he is supposed to address him with this catchphrase.

# The idiomatic expression no shit, Sherlock! is quite vulgar. In French, it would be translated into sans déc’, Sherlock !; the colloquial version no kidding, Sherlock! into sans blague, Sherlock !; the informal version way to state the obvious, Sherlock! could be translated into on ne s’en serait pas douté, Sherlock !

# A lapalissade is a term specific to the French language – the world famous catchphrase of Sherlock Holmes coming into being at the same time in both the English and French cultures, it seems to me that translating quelle belle lapalissade ! into an informal saying referring to Sherlock Holmes or the Doctor Watson would be clumsy.


Le second personnage – américain – Captain Obvious (Capitaine Evidence pour le français récalcitrant) vient de la culture geek : un super-héros souvent assimilé à John Madden, commentateur sportif et ancien joueur de football américain notamment connu pour sa manie d’enfoncer des portes ouvertes.

# Les expressions idiomatiques « Thank you, Captain Obvious » et « Captain Obvious to the rescue! » – respectivement « Merci, Captain Obvious » et « Captain Obvious à la rescousse ! » en français – sont toutes deux d’un registre argotique.

# Dans le contexte de cet article – de registre courant mais non argotique – la culture geek ne faisant pas forcément partie de la culture générale de tout un chacun, traduire quelle belle lapalissade ! par une expression courante qui ferait référence à Captain Obvious serait incorrect.

# Toujours dans la culture geek, il est à noter que depuis l’adaptation cinématographique du Seigneur des Anneaux de Tolkien par Peter Jackson, l’elfe Legolas Vertefeuille interprété par Orlando Bloom est aussi surnommé Captain Obvious pour sa fâcheuse tendance à énoncer des évidences : la réplique qui a fait le buzz « ils emmènent les Hobbits en Isengard » en est un parfait exemple.

The second character – American – Captain Obvious (Capitaine Evidence for the rebellious French) comes from geek culture: a superhero often compared with John Madden, color commentator and former American football player notably known for his quirk of stating the obvious.

# The idiomatic expressions “Thank you, Captain Obvious” and “Captain Obvious to the rescue!” – respectively “Merci, Captain Obvious” and “Captain Obvious à la rescousse !” in French – are both of a slang speech.

# According to the context of this post – of an informal speech but not a slang one – the geek culture not necessarily being part of the general culture of each and every person, translating quelle belle lapalissade ! with an informal saying referring to Captain Obvious would be wrong.

# In the geek culture still, it is to be noted that since the Peter Jackson’s screen adaptation of Tolkien’s Lord of the Rings, the elf Legolas Greenleaf played by Orlando Bloom is also nicknamed Captain Obvious for his unfortunate habit to state the obvious: the line that went viral “they’re taking the Hobbits in Isengard” is one perfect example.




¤ Fin de la petite parenthèse ¤

Pour en revenir à la traduction même de quelle belle lapalissade ! Il s’avère que les références à Sherlock Holmes ou à Captain Obvious sont à exclurent pour les raisons déjà exprimées.

On peut donc faire une croix sur le terme ou l’expression idiomatique anglaise qui aurait une origine similaire à celle de la lapalissade.

Cela nous laisse encore l’expression idiomatique !

Certes, plus haut dans l’article, j’ai dit qu’il valait mieux éviter les périphrases en traduction. Ceci dit, elles sont parfois inévitables. Qui plus est quand l’expression idiomatique d’une langue revient à définir l’expression idiomatique d’une autre langue !

C’est le cas ici. L’expression idiomatique way to state the obvious, Sherlock! évoquée plus haut est en partie la réponse finale.

Non seulement il serait maladroit de conserver ici Sherlock pour la simple et bonne raison que si le personnage de Sir Arthur Conan Doyle est mondialement connu, La Palice et la lapalissade appartiennent uniquement à la culture française ; cela serait surtout incorrect parce que conserver Sherlock reviendrait à conserver le sarcasme de l’expression.

Way to state the obvious! devient alors une exclamation simplement moqueuse. D'où le choix de cette expression pour traduire quelle belle lapalissade !

¤ End of the little digression ¤ 

Let’s come back to the very translation of quelle belle lapalissade ! It turns out that references to Sherlock Holmes or to Captain Obvious are to be excluded for the reasons aforementioned.

So the English idiomatic word or expression with an origin similar to the one of the lapalissade can be kissed goodbye.

That still leaves us with the idiomatic expression!

Granted, earlier in this post, I said that paraphrasing better be avoided in translation. Having said this, sometimes they are unavoidable.  Let alone when the idiomatic expression of one language comes down to defining the idiomatic expression of another language!

This is case here. The idiomatic expression way to state the obvious, Sherlock! aforementioned is part of the final answer.

Not only would it be clumsy to keep Sherlock here for the simple and good reason that if the character of Sir Arthur Conan Doyle is world famous, La Palice and the lapalissade solely belong to the French culture; it would also and surely be wrong since keeping Sherlock would come down to keeping the sarcasm of the expression.

Way to state the obvious! then merely becomes a teasing expression. Hence the choice of this saying for the translation of quelle belle lapalissade !


Toute cette démonstration pour dire que si l’on a besoin de théorie dans la traduction, ce qui en fait son essence même est bien la pratique.

Je n’ai pas réfléchi en tant que cibliste ou sourcier, j’ai réfléchi en termes de contexte et de culture. Chaque langue, chaque culture a sa richesse. Pourquoi vouloir évincer une langue pour favoriser l’autre ? Pourquoi instaurer une hiérarchie entre les langues ? Les langues sont complémentaires. Les cultures sont riches de leurs singularités.

Je finirai cet article sur la réflexion d’un traducteur – Brice Matthieussent :
Ni sourcier, ni cibliste, je suis empirique.

The bottom line of all this demonstration is that if the theory is needed in translation, the very core of it really is practice.

I didn’t think as a domesticating or a foreignizing translator, I thought in terms of context and culture. To each language its richness, to each culture its wealth. Why oust a language to favour the other? Why organise languages into a hierarchy? Languages are complementary. The treasures of cultures are their singularities.

I will conclude this post on a translator’s thought – Brice Matthieussent’s:
Neither foreignizing or domesticating, I am an empirical translator.

29 oct. 2013

[Fr] Pourquoi confier la traduction à un professionnel ? ¤ [En] Why entrust a translation to a professional?


[Fr]


[En]

Un travail « vite fait bien fait » en traduction – comme dans n’importe quelle profession – assure la quantité mais pas la qualité. Or c’est bien la qualité qui prime !

Quel que soit le domaine de traduction, la première question – fondamentale – qu’il faut se poser est la suivante : le but de la traduction est-il d’informer, de persuader, de vendre ou est-il d’être publiée, de véhiculer et cultiver une image ?

Dans la première situation, le travail entrepris sera alors de faire ressortir l’essence d’un texte – c’est-à-dire une exécution plutôt rapide (donc moins onéreux), une traduction allant droit à l’essentiel, mais pas le moindre peaufinage.

Dans la seconde, la traduction demande à être peaufiner – la qualité avant tout – cela requière du temps.

Il est fondamental de savoir faire cette distinction.

A “short and sweet” work in translation – as in any other profession – only provides quantity over quality. Yet, that’s exactly what prevails: quality!

No matter the field of a translation, the first question – fundamental – that should pop up into mind is: what is the purpose of the translation? Is it to inform, to persuade, to sell or to be published, to convey and cultivate an image?

In the first case, then the work undertaken should bring out the essence of a text – i.e. a rather swift work (hence less expensive), a straight-to-the-point translation, but no final touches at all.

In the second case, translation has to be polished – quality above all – and this requires time.

To know this difference is fundamental.

On ne s’improvise pas traducteur !!!

You can’t improvise and act as translator!!!

Si la langue source (la langue de départ) doit être parfaitement maîtrisée, la langue cible (la langue d’arrivée) doit l’être tout autant.

Par principe, la langue cible doit être la langue maternelle du traducteur. De plus, être bilingue n’est pas forcément synonyme de compétences quand il s’agit d’adapter un message d’une langue à une autre.
Pour cela, les bons traducteurs sont des auteurs à part entière. La qualité s’en ressentira : des phrases fluides, une syntaxe juste et bien française. Cela évitera d’avoir cette impression désagréable de lire un texte « traduit » où la traduction est certes juste mais dont on sent l’influence évidente d’un texte de langue étrangère.

If the translator has to perfectly master the source language (the language from which a text is translated), he has to do the target language (the language in which a text is translated) just as well.

Out of principle, the target language has to be the mother-tongue of the translator. Moreover, to be bilingual doesn’t necessary mean that one has the skills to adapt a message from a language into another.
That’s why good translators are fully-fledged writers. It will show in the quality: sentences fluency, adequate and English syntax. It will spare you the unpleasant impression to read a “translated” text in which the translation itself is quite adequate yet not so much for the influence of foreign-written original text would be rather obvious.

14 oct. 2013

[Fr] Projet en cours ¤ [En] Ongoing project


[Fr]


[En]

Avec mon habitude de flâner à droite à gauche dans les librairies internationales, je suis tombée il y a quelques mois sur une trilogie franchement sympathique. Bien que classée dans la catégorie Jeune Adulte, l'auteur britannique de cette trilogie ne prend pas ses lecteurs potentiels pour de complets écervelés. Et c'est bien ça qui m'a particulièrement plu.

J'ai dévoré l'histoire - trois romans, trois points de vue, une intrigue palpitante, des personnages fouillés, des époques et des vies enchevêtrées, une romance platonique tout en retenue.

Bien évidemment, c'est un projet de traduction qui me tient à coeur. Vous ne connaîtrez l'auteur et les titres des romans que lorsque ce projet se concrétisera.
With this habit of mine to stroll about in international libraries from one shelving to another, a few months ago, I stumbled upon a trilogy downright refreshing. Though the trilogy is of the Young Adult category, the british writer does not take his potential readers for outright featherbrains. And that's exactly what seduced me in the first place.

I devoured the story - three novels, three different points of view, one gripping plot, in-depth characters, tangled epochs and lifes, undefiled platonic romance.


Of course, it's a translation project I care very much about. You won't know about the author and the novel titles untill this project comes to be.